Le 30 juin 2026, des dirigeant•e•s des municipalités bilingues du Manitoba ont rencontré l’honorable Tracy Schmidt, ministre de l’Éducation et de l’Apprentissage en jeune enfance, accompagnée de son adjoint législatif, le député de Lagimodière, M. Tyler Blashko, afin de faire valoir les priorités municipales en matière d’éducation et d’apprentissage aux enfants. Cette rencontre, organisée par l’Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM), s’est articulée autour des moyens de soutenir la croissance durable des collectivités bilingues du Manitoba, de renforcer davantage la collaboration intergouvernementale et d’innover pour répondre à une demande croissante en matière d’éducation, de services de garde et d’infrastructures municipales, afin de tirer pleinement parti de notre avantage bilingue.
Alors que l’année scolaire vient de prendre fin, ce moment de l’année offre une occasion privilégiée de faire le point sur les progrès réalisés en matière d’éducation et de services de garde, tout en identifiant les priorités municipales qui guideront les prochaines étapes du développement de nos collectivités bilingues du Manitoba.
L’AMBM représente 16 municipalités bilingues de la province, soit 15 municipalités rurales ainsi que la Ville de Winnipeg. Ensemble, elles accueillent la majorité des écoles de langue française du Manitoba, dont 13 écoles de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) dans les municipalités rurales membres, ainsi que plus de 40 établissements d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, dont environ le tiers offre des services en français.
Cette importance s’accompagne également d’un fort dynamisme démographique. Entre les deux derniers recensements, les municipalités bilingues ont enregistré une croissance moyenne de près de 8 %, comparativement à une moyenne d’environ 5 % à l’échelle provinciale. Cet essor exerce une pression considérable sur les infrastructures et les services existants, faisant émerger des besoins urgents à plusieurs niveaux : construction et agrandissement d’écoles, création de nouvelles places en garderie, recrutement de personnel qualifié bilingue, modernisation des infrastructures communautaires et amélioration de la coordination entre les différents acteurs responsables de la planification et de la prestation des services.
Des infrastructures scolaires sous pression
Dans plusieurs régions, les écoles ont déjà atteint leur capacité maximale ou s’en approchent dangereusement, soulevant des préoccupations quant à leur capacité à répondre aux besoins futurs des familles.
Par exemple, dans la Ville de Sainte-Anne, l’école locale est actuellement pleine, au point où certains espaces initialement destinés à d’autres usages, comme la bibliothèque et la cuisine, ont été convertis en salles de classe. La Ville attend avec impatience l’ouverture de la nouvelle école des métiers afin de répondre à la pression démographique et à l’arrivée prévue de nouveaux résidents dans le cadre des développements résidentiels en cours.
Des préoccupations similaires ont été exprimées dans la Municipalité rurale de De Salaberry, où l’école fonctionne également à pleine capacité. Dans la Municipalité rurale de Ritchot, les élu•e•s ont souligné la nécessité de planifier dès maintenant une nouvelle école secondaire de langue française à Île-des-Chênes afin d’éviter une surpopulation de l’école secondaire existante à mesure que la municipalité continue de croître.
Du côté du Village de Saint-Pierre-Jolys, la présence de salles de classe portatives dans plusieurs écoles illustre le manque d’espace permanent et le besoin d’investissements dans des infrastructures scolaires modernes et adaptées aux réalités actuelles. Il a aussi été souligné que les priorités en matière d’agrandissement scolaire devraient tenir compte de la réalité des collectivités bilingues. Cette perspective, partagée par le Village de Saint-Pierre-Jolys et la Municipalité rurale de Ritchot, met l’accent sur le renforcement des infrastructures scolaires dans les municipalités bilingues de la région.
Dans la Municipalité rurale de La Broquerie, des résident•e•s souhaitent également voir l’implantation d’une école secondaire au sein même de leur collectivité afin de mieux répondre aux réalités de la population locale.
Dans l’ensemble, les échanges ont mis en évidence la nécessité d’anticiper davantage l’augmentation de la population dans les municipalités bilingues et d’adapter les investissements provinciaux en conséquence afin d’éviter que les infrastructures scolaires deviennent un frein à leur développement. Cette planification proactive s’aligne avec le cadre règlementaire du Modèle de maturité municipal (3M), qui vise notamment à doter les collectivités des outils nécessaires pour prévoir les besoins futurs, prioriser les investissements stratégiques et soutenir une croissance durable.
Un accès insuffisant aux services de garde et à la petite enfance
L’accès aux services de garde constitue l’une des préoccupations les plus pressantes soulevées par les municipalités. Là encore, dans plusieurs régions, les garderies fonctionnent à pleine capacité et les listes d’attente continuent de s’allonger. Dans la Ville de Sainte-Anne, de nombreuses familles attendent toujours une place en garderie, tandis qu’à Saint-Pierre-Jolys, plus de 140 enfants figurent sur une liste d’attente. Des besoins similaires ont été rapportés dans la Municipalité rurale de Ritchot, Municipalité rurale de De Salaberry, dans la Ville de Powerview-Pine Falls et ailleurs au sein du réseau de l’AMBM.
Les participant•e•s ont rappelé que les centres d’apprentissage et de garde jouent un rôle déterminant dans le choix des familles de s’établir dans une municipalité. Au-delà du service offert aux enfants, ils constituent également un levier essentiel de développement économique en permettant aux parents de demeurer sur le marché du travail ou d’y retourner. En l’absence d’un nombre suffisant de places, certaines collectivités risquent de freiner leur développement et leur capacité à attirer et retenir de nouvelles familles comme le souligne le Cadre de prospérité pour les municipalités bilingues du Manitoba.
Les élu•e•s ont également demandé le déploiement de solutions novatrices adaptées aux réalités rurales afin d’accélérer la création de nouvelles places en garderie. Plusieurs ont souligné le succès des projets de centres d’apprentissage et de garde développés grâce à un modèle innovant qui implique directement les administrations municipales, qui a permis à certaines municipalités de répondre plus efficacement à la demande croissante. Les élu•e•s souhaitent voir émerger des approches similaires pouvant être reproduites ailleurs au Manitoba, en particulier dans les municipalités bilingues, au bénéfice des centres d’apprentissage et de garde francophones, afin de soutenir leur croissance démographique et économique.
Recrutement et rétention du personnel bilingue
Les municipalités ont également fait part des difficultés persistantes à recruter et à retenir du personnel qualifié dans les secteurs de l’éducation et de la petite enfance. Plusieurs ont souligné la pénurie d’éducatrices et d’éducateurs bilingues, une réalité qui limite souvent leur capacité à offrir davantage de services en français.
Les participant•e•s ont également exprimé des préoccupations quant au recrutement d’enseignantes et d’enseignants de langue française, particulièrement dans un contexte où les écoles doivent répondre à une population croissante et à des enjeux de plus en plus diversifiés. Plusieurs intervenants ont aussi mentionné le manque de personnel spécialisé pour accompagner les élèves ayant des besoins particuliers. Afin de répondre à ces défis, les municipalités ont encouragé le gouvernement provincial à explorer de nouvelles stratégies de recrutement et de rétention, notamment en s’appuyant davantage sur l’immigration francophone et bilingue.
Renforcer la collaboration intergouvernementale et la planification
Les échanges ont également mis en lumière l’importance d’une meilleure coordination entre les municipalités, les divisions scolaires et le gouvernement provincial afin d’assurer une planification plus cohérente des infrastructures et des services. Par exemple, dans la Ville de Powerview-Pine Falls, une collaboration continue s’est développée entre les autorités municipales et les commissaires scolaires, qui travaillent de concert afin d’anticiper les demandes de la population et de planifier les investissements nécessaires. Cette façon de faire a été présentée comme un modèle prometteur pour mieux accompagner la croissance des collectivités et assurer une utilisation plus efficace des ressources publiques. Elle s’inscrit également dans une approche cohérente avec le Modèle de maturité municipal (3M), cadre de planification adopté par l’ensemble des municipalités rurales bilingues du Manitoba pour orienter le développement des collectivités, prioriser les investissements et arrimer les décisions aux besoins réels de la population.
Dans cette optique, plusieurs participant•e•s ont appuyé le concept d’écoles communautaires réunissant sous un même toit des espaces éducatifs, des services de garde, des bibliothèques et d’autres services destinés à la population. Une telle approche permettrait de maximiser l’utilisation des ressources publiques tout en renforçant le rôle des écoles comme pôles communautaires.
Les participant•e•s ont également identifié plusieurs occasions d’améliorer l’arrimage entre les différents ordres de gouvernance et de financement, notamment l’arrimage entre les frontières municipales et celles des divisions scolaires, ainsi que l’importance d’une collaboration accrue entre les élu•e•s municipaux et les commissaires scolaires.
Enfin, plusieurs municipalités ont soulevé un enjeu lié à la perception des taxes scolaires. Bien que les administrations municipales soient responsables de la collecte des taxes scolaires auprès des contribuables, ces taxes relèvent des divisions scolaires et non des municipalités. Comme elles sont perçues en même temps que les taxes municipales, les résident•e•s associent souvent les augmentations globales à leur administration municipale. Les élu•e•s municipaux se retrouvent ainsi à répondre aux préoccupations des résident•e•s concernant des décisions sur lesquelles ils n’exercent aucun contrôle direct, sans pour autant disposer des ressources ou des leviers nécessaires pour en atténuer les effets.
En conclusion de la rencontre, la ministre Tracy Schmidt a remercié les représentants municipaux pour leur engagement envers leurs collectivités et pour leur contribution vers un Manitoba véritablement bilingue. Elle a également démontré une écoute attentive des enjeux soulevés par les élu•e•s municipaux et exprimé sa volonté de poursuivre les échanges avec les municipalités sur les défis propres à leurs réalités locales.
Les discussions ont permis de mettre en évidence l’importance d’un dialogue continu entre les municipalités bilingues et le gouvernement provincial afin d’assurer que les investissements et les politiques en matière d’éducation, de petite enfance et d’infrastructures municipales répondent aux besoins des collectivités en croissance.
L’AMBM réitère sa volonté de collaborer étroitement avec le ministère de l’Éducation et de l’Apprentissage en jeune enfance ainsi qu’avec l’ensemble de ses partenaires afin d’identifier des solutions concrètes, adaptées aux réalités des municipalités bilingues du Manitoba et aux besoins des familles qu’elles desservent.
À propos de l’AMBM
L’AMBM est la voix du leadership municipal bilingue dans la province du Manitoba. Elle représente 16 gouvernements de proximité engagés à offrir des services dans les deux langues officielles à leurs résidents. Ensemble, ces municipalités représentent la majorité de la population du Manitoba. Le leadership municipal bilingue du Manitoba est aussi à la tête du Groupe AMBM, un consortium qui regroupe trois organismes aux vocations complémentaires : l’AMBM, le Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba (CDEM) et Éco-Ouest Canada (ÉOC) qui se spécialise en économie verte. Complémentaires, ces trois organismes contribuent activement au développement, à l’épanouissement et à la pérennité des communautés de langue officielle en situation minoritaire (CLOSM) de la province et de la province dans son ensemble.
Renseignements : Bureau du chef de la direction (B-CDD), 204-289-4077, [email protected].